Label : Sisyphe
Jehan Alain
L'œuvre vocale (Intégrale)
Jehan Alain (1911-1940) voir la biographie
CD n° 1
Prière pour nous-autres charnels (Charles Péguy), chœur d’hommes & orgue, JA 135
Vocalise dorienne, Ave Maria, pour soprano solo & orgue, JA 95
O quam suavis est, pour baryton & orgue, JA 35
Variations chorales sur l’hymne Sacris Solemniis, pour 5 voix mixtes & orgue, JA 26
Tantum ergo, pour 2 voix de femmes & orgue, JA 122
Chanson à bouche fermée, pour 4 voix mixtes, JA 39
0 salutaris Hostia, pour 2 voix de femmes ou d’enfants, a capella
Messe de Requiem, pour 4 voix mixtes et orgue, JA 125
Kyrie, Sanctus, Agnus Dei
Fantaisie pour chœur à bouche fermée, pour 4 voix mixtes, JA 47
Cantique en mode phrygien (Cantique à Sainte Reine), pour 4 voix mixtes, soprano solo et orgue, JA 34
Noël nouvelet, pour 3 voix mixtes a capella, JA 101
Que j’aime ce divin Enfant, pour 3 voix mixtes a capella, JA 125
D’où vient qu’en cette nuitée, pour 2 voix de femmes & orgue, JA 113
CD n° 2
Messe modale en septuor, pour 2 voix de femmes, flûte & quatuor à cordes, JA 134
Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus Dei
O salutaris de Dugay, pour 4 voix mixtes a capella, JA 83
Tu es Petrus, pour 3 voix mixtes & orgue, JA 123
Messe grégorienne de mariage, pour soliste & quatuor à cordes, JA 124
Veni Creator, Introït, Kyrie, Gloria, Alleluia, Sanctus, Agnus Dei
Laisse les nuages blancs (Francis Jammes), pour soprano solo & piano, JA 58
Chanson du chat (Rudyard Kipling), pour soprano solo & piano, JA 88
Le Père Noël, pour solistes & piano, JA 114
Complainte de Jean Renaud, pour solistes & chœur a capella, JA 90
Salve virilis pectoris, pour soprano, ténor & orgue, JA 139
Tantum ergo, pour sopranos, barytons & orgue, JA 138
Chant nuptial, pour baryton & orgue, JA 131
Chant nuptial, pour baryton, basse, violoncelle & orgue, JA 131 B
O Salutaris, pour soprano & orgue, JA 140
Marie-Claire Alain, orgue Cavaillé-Coll de l'église de Saint-Germain-en-Laye
Quatuor Ludwig
(Jean-Philippe Audoli & Elenid Owen, violon - Padrig Fauré, alto - Anne Copery, violoncelle)
Armelle Humbert, soprano solo
Jean-Philippe Grometto, flûte traversière
Sequenza 9.3, direction Catherine Simonpietri
Jehan Alain
L'Œuvre vocale
par Marie-Claire Alain
Prière pour nous autres charnels, JA 135 (1938)
Chœur d’hommes et orgue (Texte de Charles Péguy, extrait de Ève)
Dans la sombre atmosphère des années 1935-38, Jehan Alain mit en musique un poème de Charles Péguy. Ce beau texte patriotique était de circonstance :
Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fut dans une juste guerre. [...]
Couchés dessus le sol, à la face de Dieu...
La première audition eut lieu en l’église Saint-Nicolas de Maisons-Laffitte le 11 novembre 1938. Le style musical est sobre, dépouillé. Une cantilène mélancolique à l’orgue clôture la fin de chaque période. Pressentiment ? L’auteur devait trouver la mort en défendant son pays à peine deux ans plus tard. Cette Prière a fait l’objet d’une magnifique orchestration par Henri Dutilleux.
Vocalise dorienne. Ave Maria, JA 95 (1937)
Soprano et orgue
Notre sœur Marie-Odile, excellente pianiste et organiste, possédait un jolie voix de soprano. Voici la dédicace de l’œuvre sur le manuscrit de la Vocalise « Mars 1937, écrite pour Odile lorsque nous sommes allés tous les deux passer trois jours à Valloires ».
L’abbaye de Valloires (dans la Somme) avec son orgue ancien, son admirable chapelle d’une belle acoustique et son accueil amical fut pour Jehan un lieu d’inspiration privilégié. Au crayon, sur le manuscrit de la Vocalise, on peut distinguer l’ébauche autographe d’un Ave verum inachevé. Cet essai fut pour notre père, Albert Alain, une incitation à rechercher un texte latin pouvant s’adapter à la souple mélodie sans la dénaturer. Ce fut l’Ave Maria ; c’est avec ces paroles que la pièce est le plus souvent interprétée.
O quam suavis est, JA 35 (1932)
Une voix et orgue
Ce motet fut composé à l’occasion de l’inauguration de l’orgue restauré de la Basilique Saint-Ferjeux à Besançon, orgue sur lequel Jehan Alain composa et annota beaucoup de ses œuvres successives. La première audition de ce motet fut donnée par Monsieur Alphonse Courtois, baryton, au cours d’un « Salut solennel », célébration qui suivait rituellement les récitals d’orgue.
Variations chorales sur Sacris Solemniis, JA 26 (1932)
Chœur à 5 voix
Il s’agit d’un travail de contrepoint réalisé pour un concours dans la classe de Georges Caussade au C.N.S. de Paris. La partition nous est parvenue dans le « style vocal » en usage à l’époque, c’est-à-dire dans une rédaction théorique. Afin de pouvoir interpréter cette œuvre, Marie-Claire Alain a dû restituer les barres de mesure absentes, placer les paroles de trois des versets de l’hymne sur la musique, et confier à l‘orgue certains éléments contrapuntiques difficilement chantables. Voici les titres originaux des trois variations :
– Choral à 4 voix (Hymne à la partie supérieure)
– Variation canonique
– Choral à 5 voix (Hymne à la basse)
Tantum ergo, JA 122 (1938)
2 voix de femmes et orgue
La première audition de cette œuvre de la grande période créatrice de Jehan Alain fut donnée le 17 février 1938 en l’église de la Trinité à Paris, par deux solistes et l’auteur à l’orgue lors d’un concert mémorable où furent jouées en première les Trois Pièces, et Deuils, la deuxième des Trois Danses pour orgue, ainsi que des œuvres de Messiaen et Daniel-Lesur.
Chanson à bouche fermée, JA 39 (1933)
4 voix mixtes
L’œuvre nous est parvenue en deux versions : l’une pour 4 voix, l’autre pour piano. Alain aimait les voix pures, sans paroles et sans vibrato. Il les utilise de façon instrumentale. Seule compte l’inspiration d’enfants.
O salutaris Hostia, JA 98 (1937)
2 voix de femmes ou d’enfants, a cappella
Nommé organiste titulaire de l’église Saint-Nicolas de Maisons-laffitte 1936, Jehan Alain se voua immédiatement à la fondation d’une chorale pour embellir les offices liturgiques. Voici la première pièce composée dans ce but en 1937, alors qu’il ne diposait que de voix d’enfants. J’ai, moi-même, participé à la premiére audition, en 1937, je venais d’avoir onze ans !
Messe de Requiem, JA 125 (1938)
4 voix mixtes et orgue
Kyrie, Sanctus, Agnus Dei
Le rêve du jeune chef de choeur se réalisait puisqu’il avait, au bout d’un an, réuni un chœur capable de chanter à 4 voix. Un manuscrit récemment retrouvé lui confère le titre de faux-bourdon. C’est une messe polyphonique, fondée sur les thèmes grégoriens de l’Office des Morts qui apparaissent tour à tour dans chacune des voix du choeur, enrobés d’un riche contrepoint. Elle nous offre un bel exemple d’écriture vocale complexe dans une apparente simplicité. Le Sanctus, spécialement, est très émouvant. L’Agnus Dei est écrit en canon perpétuel entre sopranos et basses.
La première audition eut lieu à Maisons-Laffitte à la fin de l’année 1938.
Fantaisie pour chœur à bouche fermée, JA 47 (1935)
Souvenir de famille en vacances. Les Alain, grands amateurs de randonnées en montagne dans la vallée de Chamonix, bloqués par un violent orage, se réfugièrent dans le refuge de Charamillon, devenu depuis célèbre par les livres de Frison Roche. Pour passer le temps, Jehan s’empara d’une feuille de papier d’emballage sur laquelle il traça des portées musicales. En quelques minutes l’œuvre était achevée et la première audition donnée, au son de la pluie et du tonnerre, par les membres présents de la famille : Albert Alain et ses quatre enfants.
Cantique en mode phrygien (Cantique à Sainte Reine), JA 34 (1932)
4 voix mixtes, soprano solo et orgue
Un manuscrit fut retrouvé à l’abbaye de Valloire avec la date « août 1932 », indiquant une période de vacances. La dédicataire, une cheftaine de scouts, avait une belle voix de soprano. C’est elle qui imposa le texte littéraire au compositeur. Un ensemble d’amateurs, capable de chanter à quatre voix, alterna refrains et couplets avec l’orgue et la soliste.
Les trois Noëls qui suivent datent de la période de formation de la chorale de Maisons-Laffitte, avant que les voix d’hommes soient assez nombreuses pour être divisées entre ténors et basses.
Noël nouvelet, JA 101 (1938)
3 voix mixtes a cappella
Ce chant de Noël populaire a été souvent chanté depuis sa publication vers 1950.Il a aussi été transcrit pour orgue par Noëlie Pierront dans une Méthode d’orgue (Schola Cantorum). Il est traité en canon perpétuel.
Que j’aime ce divin Enfant, JA 125 (1938)
3 voix mixtes a cappella
Pour la même formation vocale, le procédé canonique imprime à l’ensemble un rythme de danse.
D’où vient qu’en cette nuitée, JA 113 (1938)
2 voix de femmes et orgue
Un autre arrangement pour un groupe vocal plus réduit. L’harmonisation est volontairement simple. Il fallait écrire « facile » pour ces jeunes amateurs.
Messe modale en septuor, JA 134 (1938)
2 voix de femmes, flûte et orgue
Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus Dei
Chaque partie de cette Messe est composée selon un mode inspiré des modes grecs selon les enseignements de Maurice Emmanuel, professeur de musicologie au C.N.S. Il s’agit d’agencer les sons de la gamme différemment des modes majeurs et mineurs traditionnels. Le Kyrie est basé sur le mode de Ré (Phrygien), avec une intéressante alternance de Si bémol et de Si naturel. Le Gloria adopte le mode de Sol (sans Fa#) transposé en FA. Dans le Sanctus, l’auteur crée son propre mode : gamme d’ut majeur avec Fa# et Si bémol, résultant en de savoureux frottements harmoniques. Pour l’Agnus Dei, il évolue avec une extrême simplicité, allant du mode de Ré au mode de La.
La Messe modale représente une des œuvres les plus achevées et les plus émouvantes de ce compositeur.
O Salutaris de Dugay, JA 83, (1938)
4 voix mixtes a cappella
Après le dépouillement de la Messe modale, c’est un arrangement très sophistiqué de la mélodie traditionnelle que l’auteur habille d’un élégant contrepoint vocal. Nous ne possédons qu’une version rédigée sur deux portées. Cela suppose un matériel de chœur égaré ; nous n’avons pas hésité à restituer une version à quatre voix probablement perdue et qui correspond à l’effectif vocal de l’année 1938.
Tu es Pétrus, JA 123, (1938)
3 voix mixtes et orgue
Cantique rituel pour les « Saluts du Saint-Sacrement », sans doute composé au début de 1938, avec un seul pupitre de voix d’hommes. Des ritournelles à l’orgue dialoguent avec le petit chœur.
Messe grégorienne de mariage, JA 124 (1937-38)
Un ami de Jehan Alain se mariait dans une église de campagne ne possédant pas d’orgue. Le quatuor à cordes, avec lequel Jehan travaillait régulièrement, fut chargé de remplacer cet instrument. Un ténor, soliste à Notre-Dame de Paris, prêta son concours afin d’assurer la partie vocale. Le quatuor accompagnait le chant grégorien avec simplicité, et jouait en solo les versets intermédiaires dialoguant avec le chant selon une très ancienne tradition. Telle quelle, cette Messe représente un témoignage spécialement intéressant suit la liturgie catholique des cérémonies de mariage, ainsi qu’on la pratiquait avant les réformes des années 50 : Les versets canoniques du quatuor commentent et complètent la liturgie grégorienne comme aux siècles passés.
Le talent de Jehan Alain ne se limitait pas à la musique d’église. Les pièces profanes qui vont suivre en font foi.
Laisse les nuages blancs, JA 58 (1935)
Soprano solo et piano (Poème de Francis Jammes)
Il n’est pas indifférent de savoir que cette mélodie, écrite pour un concours de composition dans la classe de Paul Dukas, fut composée quelques mois après le mariage de Jehan avec Madeleine Payan après de très longues fiançailles. Quelques extraits du poème restitueront l’ambiance dans laquelle la pièce fut composée :
« Laisse les nuages blancs passer au soleil.
Il n’y a ici que toi, la terre et le ciel...
Une fille est venue, elle est venue du ciel
Elle a noyé mon cœur, elle a mangé le miel.
Mais la douleur est douce, et ton amour est doux
Nous ne faisons plus qu’un et ton cœur est à nous »
Chanson du chat, JA 88 (1936)
Soprano et piano (Texte de Rudyard Kipling)
Un an plus tard, le premier bébé venait de naître. Jehan adorait les enfants et les animaux. Voici un court extrait du texte :
« Il y a un bébé dans la grotte, il est tout neuf, gras et rose, et petit. Et la femme en fait grand cas. .... et le bébé, de quoi fait-il cas ?
– Il aime les choses moelleuses, douces et qui chatouillent, il aime les choses tièdes à tenir dans ses bras en s’endormant.
– Ah ! dit le chat aux écoutes, alors mon temps est venu ».
Le Père Noël (Noël pour radicaux-socialistes, sic), JA 114 (1938)
Paroles et musique de l’auteur
Une deuxième petite fille était née. Cette fantaisie fut écrite pour célébrer la fête de Noël à la maison avec quelques jeunes amis et les tout-petits qui ne pouvaient aller à l’église, d’où la référence d’époque aux « radicaux-socialistes » qui amusait beaucoup l’auteur. On y suit le dialogue des enfants, du Destin, et du Père Noël qui ne récompense que les enfants sages. Tout finit enfin pour le mieux.
Complainte de Jean Renaud, JA 90 (1936)
Solistes, chœur à quatre voix
Dans notre famille, l’on chantait beaucoup et nos recueils folkloriques étaient à l’honneur. Cette complainte a bercé notre enfance. Jehan Alain illustre le texte de nombreux arrangements très variés, laissant au chef de chœur le choix de l’harmonisation en fonction du couplet. Voici ses suggestions :
– N° 1 Thème au soprano, harmonisation bouches fermées.
– N° 2 Animé
– N° 3 Descriptif
– N° 4 Thème aux ténors. Canon avec les basses
– Dernier couplet
Salve virilis pectoris, JA 139 (1938)
Soprano, ténor et orgue
Harmonisation d’un cantique en latin écrite pour célébrer en son église la fête de Sainte Jeanne d’Arc.
Tantum ergo (Vieux Choral), JA 138
Sopranos, barytons et orgue
Seul le brouillon nous est parvenu. La chorale l’a sûrement chanté, peut-être sans partition, la mélodie étant bien connue des fidèles.
Chant nuptial, JA 131(1932)
Baryton et orgue
Adaptation du « Psautier français » selon l’unique manuscrit qui appartenait à Monsieur Alphonse Courtois, chantre d’occasion à la Basilique Saint-Ferjeux de Besançon.
Chant nuptial, JA 131 A (1932)
Baryton, basse, violoncelle et orgue
Arrangement de la même pièce pour un effectif plus important. Les parties vocales sont entièrement rédigées, ainsi que celle du violoncelle. La partie d’orgue est inachevée, mais la basse est écrite jusqu’à la fin. Il nous a suffi de réaliser la basse continue pour les mesures incomplètes.
O Salutaris, JA 140
Soprano et orgue
L’accompagnement, très simple, était probablement destiné à un éventuel suppléant de l’organiste titulaire. Les lignes contrapuntiques très pures et les harmonies naturelles font montre d’une extrême élégance.
Marie-Claire Alain (septembre, octobre 2004)
Une biographie
par Aurélie Decourt
Né le 3 février 1911, à Saint-Germain-en-Laye, Jehan-Ariste Alain est le fils aîné d'Albert et de Magdeleine Alain. Son père lui apprend très tôt la musique puisqu'il est lui-même organiste (à Saint-Germain-en-Laye et Maisons-Laffitte) et compositeur (469 numéros d'opus). Albert Alain a suivi les classes du Conservatoire National de Musique de Paris et il est bien connu dans le milieu de la musique d'église comme compositeur de cantiques, de motets et de messes. Sa grande originalité est la construction d'un orgue de salon, à partir de 1910, prévu à l'origine pour 12 jeux, mais s'agrandissant sans cesse, jusqu'à compter 42 jeux sur 4 claviers en 1960. Facteur d'orgues artisanal et solitaire, Albert Alain innove sur le plan esthétique en créant un instrument néoclassique dès 1910. Pédagogue remarquable, il fit de ses quatre enfants – Jehan, Marie-Odile, Olivier et Marie-Claire – des musiciens de haut niveau.
Jehan Alain pose ses mains sur toutes sortes de claviers dès la plus tendre enfance et son père, ravi de constater ses dons musicaux, le pousse dans la voie de la musique. Jehan est un enfant très turbulent, casse-cou, acrobate, mais aussi rêveur, dessinateur, poète : doué pour de nombreuses formes d'expression, il est un remarquable épistolier et un caricaturiste féroce. Il arrête ses études secondaires à l'âge de 16 ans pour se consacrer à la musique, sous la direction de son père, d'abord, en pratiquant l'orgue liturgique, en travaillent beaucoup le piano, puis au Conservatoire à partir de 1929. Il suit la classe d'harmonie de André Bloch, la classe de fugue et contrepoint de Georges Caussade, la classe de composition de Paul Dukas, puis de Roger-Ducasse, enfin la classe d'orgue de Marcel Dupré. Premier prix d’harmonie et de fugue en 1933, il obtient le premier prix d’orgue en 1939.
Dès 1929, il compose des œuvres originales : de nombreuses pièces pour piano, le Postlude pour l'office de Complies, la Berceuse sur deux notes qui cornent. En 1930 et 1931 suivent d'autres œuvres pour clavier, le motet O quam suavis est et, en 1933, la Première Fantaisie pour orgue.
Outre l'orgue paternel et le grand Cavaillé-Coll de la paroisse de Saint-Germain-en-Laye, Jehan est marqué par deux autres instruments qu'il joue beaucoup. Celui de l'abbaye de Valloires, dans la Somme, que son père fit reparler et qui l'enchantait par ses jeux anciens et celui de Saint-Ferjeux de Besançon, construit par Ghys à la fin du 19e siècle, qui bénéficiait d'une acoustique remarquable. Jehan donne ses premiers grands concerts publics sur cet instrument.
Ses études sont brutalement interrompues par le service militaire qu'il effectue pendant une année entière, à Nancy. Il y tombe malade, mais concourt quand même pour le prix de composition du Conservatoire où il présente l'Intermezzo pour deux pianos et basson qui ne remporte pas les suffrages. À l'automne 1934, il écrit le Le Jardin suspendu pour orgue.
En 1935, Jehan Alain épouse une amie d'enfance, Madeleine, qui lui donnera trois enfants : Lise en 1936, Agnès en 1938 et Denis en 1939. Il doit alors gagner sa vie tout en continuant le Conservatoire, il assure beaucoup de services liturgiques, en particulier à la synagogue de la rue Notre-Dame de Nazareth à Paris. En 1936, il devient organiste de Maisons-Laffitte.
Les chefs-d’œuvre apparaissent en 1936 et 1937 : la Suite pour orgue, couronnée par le prix des Amis de l'orgue en 1936, la Vocalise dorienne, les Variations sur un thème de Clément Janequin, les Litanies, la deuxième des Trois Danses, à laquelle il ajoute le sous-titre de Danse funèbre pour honorer une mémoire héroïque, à la suite de l'accident de montagne qui coûte la vie à sa sœur Marie-Odile, en 1937. Les Trois Danses sont achevées en 1938 et Jehan compose l'Aria pour orgue et la Messe modale.
Mobilisé dès la déclaration de guerre en septembre 1939, Jehan vit la « drôle de guerre » en cantonnement dans l'Aisne puis en Thiérache. Il fait preuve de qualités d'animateur exceptionnelles, créant une chorale (les Petits chanteurs à la grosse voix), organisant des spectacles, tout en étant astreint aux tâches pénibles du simple « 2e classe ». Il ne revient en permission qu'à trois courtes reprises, entre septembre 1939 et juin 1940. Il participe aux combats de mai et juin 40, connaît l'enfer de Dunkerque, puis, de retour en France, s'agrège à un groupe franc qui continue le combat sur la Loire. À Saumur, le 20 juin 1940, il tombe sous les balles allemandes, deux jours avant l'entrée en vigueur de l'Armistice.
Aurélie Decourt
(Nièce de Jehan Alain - Décembre 2003)
Les Interprètes
Marie-Claire Alain, orgue & piano
Par ses activités de concertiste et de professeur et par ses enregistrements sur disque, Marie-Claire Alain est devenue l’une des plus grandes personnalités du monde de l’orgue.
Née au sein d’une famille de musiciens, à Saint-Germain-en-Laye, près de Paris, elle fit ses études au Conservatoire National Supérieur de Paris où elle remporta quatre Premiers Prix, bientôt suivis de plusieurs récompenses dans des Concours Internationaux.
Ses tournées l’ont menée dans le monde entier où elle a donné plus de 2000 concerts, en soliste ou avec orchestre. Les critiques sont unanimes à louer la clarté lumineuse de son jeu, la musicalité intense et vivante de son interprétation, et sa maîtrise dans l’art de la registration.
Pédagogue très recherchée, justement fameuse pour ses conférences avec illustrations musicales, elle fonde son enseignement sur les études musicologiques qu’elle ne cesse d’effectuer dans les domaines de la littérature organistique et de l’exécution de la musique ancienne, romantique et contemporaine.
La liste de ses enregistrements est impressionnante : plus de 200 gravures sur disque, et une centaine de CD. Citons les fameuses Intégrales : J.S. Bach, Buxtehude, César Franck, Jehan Alain, et les Concertos de Poulenc, Händel, J.S. Bach, C.P. Bach, Haydn, Mozart et Vivaldi, qui lui ont valu une quinzaine de Grands Prix du Disque.
La ville de Lübeck lui a décerné le Prix Buxtehude, couronnant son action en faveur de la musique allemande. La ville de Budapest lui a conféré le Prix Franz Liszt. À Copenhague, elle s’est vue attribuer le Prix de Musique de la Fondation Léonie Sonning. À cette occasion, elle a été décorée de l’ordre du Dannebrog.
Membre de l’Académie Royale Suédoise de Musique et de la Royal Academy of Music (Londres), Marie-Claire Alain est également Doctor Honoris causa de la Colorado State University, de la Southern Methodist University (Dallas, Texas), du Conservatoire de Boston (Mass.), de l’Académie Sibelius (Helsinki) et de Mac Gill University (Montréal, Can.). En France, elle est Commandeur dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, dans l’Ordre National du Mérite et dans l’Ordre des Arts et Lettres. Elle fait partie de la Commission des Orgues aux Monuments Historiques.
Nous citerons deux extraits de Presse récents : à la suite d’un récital en Allemagne, la critique la qualifiait de « Magierin der Klänge » (magicienne des sons). À Londres, la rétrospective de sa carrière discographique chez Erato a été saluée en ces termes « Quand Marie-Claire Alain joue, vous ne remarquez plus l’orgue ou l’interprète, vous écoutez simplement la musique… musique jouée par une des légendes organistiques de notre temps ».
Sequenza 9.3 Direction Catherine Simonpietri
Quatuor Ludwig
Le Quatuor Ludwig est reconnu actuellement comme l’un des meilleurs quatuors de sa génération. Depuis sa création en 1985, les musiciens ont choisi de se consacrer exclusivement au quatuor à cordes. Ceci les a menés à travailler auprès des membres des plus grands quatuors internationaux (Tokyo, Amadeus, Berg, Kolish, La Salle).
Le Quatuor Ludwig a été le premier quatuor français à obtenir une résidence dans une université américaine (1988, Université de Yale), sur l’invitation du Quatuor de Tokyo.