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CHOEUR DE L'OURAL / THE ORAL CHOIR dit. Vladislav NOVIK
FRANÇAIS
Le 5 janvier 1998 on apprenait la mort de Gueorgui Sviridov; l'un des vétérans de la musique soviétique, et la sortie du présent enregistrement apparaît donc comme un hommage à sa mémoire. Né le 3 décembre 1915 à Fatej dans la province de Koursk, Sviridov avait commencé sa formation musicale dans sa ville natale et l'a poursuivie à l'École musicale puis au Conservatoire de Leningrad, en piano et composition. II fut entre 1937 et 1941 élève de Chostakovitch.
Ses premières oeuvres (cycle de mélodies .sur des textes de Pouchkine) ont d'emblée déterminé ses prédispositions pour la musique vocale. Même si sa production instrumentale compte des ouvres importantes (Concerto pour piano, Symphonie pour cordes, Trio, Quatuor) c'est avant tout à travers ses nombreuses partitions chorales qu'il reste, et restera connu. Compositeur à la veine patriotique fortement marquée, il a toujours été considéré comme idéologiquement orthodoxe vis-à-vis du régime soviétique.
Toutefois son attachement au terroir russe, aux traditions rurales et à l'héritage national provient d'authentiques dispositions personnelles et non de dogmes imposés. Son style musical, étranger à tout avant-gardisme, possède son cachet personnel bien reconnaissable, à travers des constantes telles que le modalisme, la superposition du majeur et du relatif mineur, les grappes de dissonances diatoniques, et un sens de la conduite des voix où le discours mélodique garde ses droits à l'intérieur de la polyphonie. L'emploi ou l'imitation de thèmes traditionnels est fréquent, autant que le recours aux motifs religieux archâisants, empruntés ou inspirés des chants "znamenny" (neumatiques) de l'église orthodoxe. Des procédés vocaux fréquemment utilisés sont les glissandi, le chant bouche fermée, ou sur des voyelles.
Le triptyque Hymnes de la Patrie (titre qui pourrait faire redouter une langue de bois officielle!), a été composé en 1983 sur des textes de Feodor Sologoub, poète du début du siècle, et c'est un patriotisme intériorisé, celui de l'âme et de la terre, qui s'y exprime. Des voix solistes (soprano, alto, basse, baryton) alternent dans Notre Nord avec de courtes interventions de la masse chorale. Une écriture en phrases brèves, aux intonations d'appel, traduit la douleur du Coeur russe. Et la Tristesse des immensités donne la mesure de la monotonie obsédante en restant invariablement dans une seule tonalité (ré dièse mineur). Les quatre Chants sans perspective ont été écrits en 1980 sur des poèmes d'Alexandre Blok, principal représentant du symbolisme russe au début du siècle.
Le style est ici relativement simple: phrases à l'unisson ou en mouvements parallèles, avec quelques cadences chorales, dans l'Automne ; transparence, ingénuité et optimisme des Champs lumineux, avec l'espoir du retour de l'âme vers la lumière; la plus originale et intéressante, Le printemps et le sorcier, est une sorte de parabole plongeant dans le paganisme populaire; la conduite des voix est très représentative de l'équilibre entre la mélodie, le contrepoint et l'harmonie qui est typique de Sviridov, autant que l'utilisation d'une partie du choeur bouche fermée.
Ce dernier procédé est généralisé dans L'icône, qui fait intervenir d'autre part un orgue électronique et confie le texte à un mezzo-soprano solo, sous la forme d'un arioso ne se départissent pas de la tonalité de fa majeur - ré mineur, excepté de soudaines modulations dans les mesures conclusives.
Le Concert à la mémoire d'Alexandre Yourlov, composé en 1973, est un hommage funèbre au grand chef de choeur fondateur d'un des plus prestigieux ensembles vocaux d'URSS et qui avait fréquemment exécuté les ceuvres de Sviridov. C'est un triptyque sans texte dont la douleur se traduit à travers les dissonances aiguës et les intonations de détresse dans la Déploration, se transformant en une tristesse plus maîtrisée dans la Séparation, partagée entre la simplicité d'une formule vocalisée et une écriture chromatique qui frôle parfois le sérialisme ; dans le Choral passe le motif reconnaissable montant sur quatre degrés, du choral allemand Es ist genug.
Entre 1969 et 1972 Sviridov écrivit trois choeurs pour la pièce historique d'Alexei Tolstoï "Le tsar Féodor Ivanovitch". A une époque où il n'était guère recommandé en URSS de se référer à la religion, ces trois choeurs appartiennent à la tradition cela musique sacrée dans le sillage des Vêpres de Rachmaninov, avec des emprunts ou des imitations des chants znamenny. La Prière reprend le texte liturgique de l'Ave Maria, maintenu dans une austérité hiératique. Amour sacré fait tracer au soprano, sur fond de choeur, de majestueuses vocalises.
Quant au Chant de pénitence, il est partiellement emprunté à une mélodie composée au XVIème siècle par Féodor Kristianin, un des premiers chantres russes connus, qui fut attaché à la cour d'Ivan le Terrible. Ces liens de Sviridov avec l'héritage musical et spirituel orthodoxe ont trouvé leur confirmation dans la série de choeurs religieux qu'il écrivit au début des années 1980, et qui furent donnés le 2 février 1982 au Conservatoire de Moscou par la Cappella Glinka dirigée par Vladislav Tchernouchenko. Six d'entre eux sont présentés ici. Sans être précisément destinés aux offices, ils sont de la musique religieuse à l'état pur, réalisant avec bonheur la synthèse de la tradition avec le style personnel du compositeur, comme par exemple dans le Chant deNoël qui reprend un motif usuellement chanté à l'église, dans une harmonisation repensée avec originalité.
Quelques voix solistes interviennent épisodiquement (basse dans Seigneur, sauve les justes, basse et soprano dans Gloire et alléluia) ajoutant une touche d'écriture concertante. Et la dernière pièce, Miracle inexprimé conclut le programme dans la douceur et la recherche d'harmonies raffinées.
d'après un aricle d'André LISCHKE